09
fév

On prend les mêmes et on recommence !

L’année dernière en juin 2013, nous sommes montés avec Sergio et Ignacio au pied du Pic Nord. Nous étions alors restés bloqués 3 jours sous une tempête de neige. Peut être étions nous accompagnés d’un « chat noir ». On s’amuse à le dire entre nous.

Cette année, pas de chat noir, la météo est bonne et nous partons juste entre nous. Cette fois-ci, Pacifico vient avec nous comme andiniste et non comme porteur. Il fera une cordée avec Ignacio pendant que moi, je monterai avec Sergio. Vidal, le frère de Sergio vient comme porteur et Eulogio comme cuisinier. Nous sommes donc une équipe de choc de 6 personnes.

Nous arrivons à Cocooyo à la tombée de la nuit et de la brume. Tout le monde stresse un peu de se retrouver de nouveau sous une fine bruine. Il y a comme un air de déjà vu ! Il faut faire confiance à la météo. Il est prévu un grand ciel bleu pendant 3 jours. Il nous faut monter au plus vite et enchaîner les deux pics principaux que nous souhaitons faire. L’exercice principal est de monter tout le matériel au camp d’altitude d’ici le lendemain afin de tenter nos ascensions dès le surlendemain. A notre arrivée, nous ne rencontrons que les enfants au village. Tous les adultes, y compris Mario notre contact principal, sont en réunion. C’est seulement tard dans la soirée que nous rencontrons  Mario qui nous cherche des volontaires pour le lendemain, essentiellement des adolescents et jeunes adultes. Nous allons nous coucher un peu plus sereins en espérant que tout roule le lendemain.

Comme il n’est pas possible que les porteurs montent jusqu’au camp haut et redescendent dans la même journée, les 4 gars vont donc monter tôt le matin avec l’équipement technique et une tente jusqu’au camp haut et redescendre au camp de base. Je les entends se préparer vers 5h00 du matin et finir par partir à 6h00. Je savoure l’heure qui me reste à passer au fond de mon duvet. Eulogio prépare  le déjeuner pour toute l’équipe, à savoir 13 personnes avec les porteurs.

On part donc vers 9h30, le temps que l’ensemble des porteurs se réunissent. Au dernier moment certains se désistent. Peut être la perspective de se hisser tout la haut avec 20 kg sur le dos en avait refroidi plus d’un en ce dimanche matin. Eulogio m’impressionne avec son énorme sac à dos de 90 litres. Il semble avoir au moins 30 kgs sur le dos. Pour ma part, je veux économiser mes forces pour attendre ce Pic Nord qui apparaît bien haut au dessus de nos têtes. Je ne me charge que de 6 à 7 kgs.

Nous remontons donc la vallée jusqu’au pied du col Khorvasini. On passe le ruisseau sur un pont de fortune. Puis la montée qui démarre d’abord doucement dans cette jolie vallée verdoyante, où seul le bruit du torrent qui dévale vient perturber la tranquillité. Pour l’instant la montée se fait à son rythme, mais je sais que plus haut, l’exercice va se corser. Un de nos jeunes porteurs n’avance pas. C’est  la première fois qu’il porte et cela est alors bien plus compliqué que ce qu’il imagine. Eulogio redescend  le chercher. Une fois à mon niveau, il lui prodigue des conseils avisés pour mieux répartir la charge, expérience oblige. Je lui propose d’échanger nos sacs. Il hésite et pense à ses copains plus haut qui l’attendent  et qui risquent  fort de se moquer de lui s’ils le voient  avec mon sac sur le dos. Finalement, il se ressaisit et décline ma proposition, ce qui m’arrange bien ! Nous remontons  jusqu’à la « rinconada » au fond de la vallée. Là, il nous faut monter à flanc de colline sur la droite pour passer au dessus de la  cascade et arriver sur le plateau supérieur.

Après une petite pause, tout le monde se motive  à s’attaquer aux pentes raides qui vont  nous amener au dessus de la cascade sur le plateau supérieur. Le sentier n’est pas bien marqué et envahi par les touffes d’ichu. Finalement celles-ci nous aident  tout de même. On s’y accroche pour se hisser petit à petit jusqu’à ce que la pente s’adoucisse un peu. De là, on part sur la gauche en corniche pour rejoindre une vallée perpendiculaire, que l’on remonte plus tranquillement en suivant le ruisseau.

A partir de là, je laisse Eulogio derrière moi avec le jeune porteur en difficulté et tente de suivre les ados au rythme effréné. Ils m’attendent régulièrement mais malheureusement pas aux endroits stratégiques qui me posent problème. Je dois alors me concentrer et prendre sur moi. Cette fois-ci, je n’ai pas mes anges gardiens qui me donnent la main pour passer des ruisseaux aux eaux menaçantes. Je cherche donc le meilleur passage, assure mes pas et passe la boule au ventre. Au dessus de la barre rocheuse, mon équipe d’ados m’attend. Nous poursuivons en direction du camp. Je sais que nous devons passer un autre ruisseau difficile (infranchissable seule pour moi) et un chaos rocheux délicat. L’autre solution serait de retirer les chaussures et de passer dans les eaux glacées si je me retrouve bloquée sur ce passage. Finalement les petits gars passent  le ruisseau par un endroit assez accessible pour moi. C’était alors prudente et concentrée, que je passe le ruisseau et le chaos rocheux en prenant soin de ne pas chuter….. Finalement, malgré mon choix de passer par les rochers, je n’échappe pas au passage de ruisseau pour rejoindre la prairie faisant office de camp de base. Tout le monde est bien content d’arriver. Sergio, Ignacio, Pacifico et Vidal sont  alors sur la descente depuis le camp haut. C’est bien fatigués que je les vois arriver. Et cette nuit, il nous faut faire une double journée, monter au camp haut et rempiler avec notre premier Pic, la Gorra de Hielo, le plus facile des deux. Il faut donc se reposer afin de d’être en forme à minuit, heure du réveil.

Le massif de l'Illampu

Un peu anxieuse, je me réveille à 23h50 ! Le pire des moments donc…….plus le temps de se rendormir, il faut s’extirper du duvet chaud. Il y a deux étapes principales lors d’une ascension, le moment où il faut sortir du sac de couchage et celui où le froid du petit jour vous glace le sang…..ensuite, sauf grosses difficultés techniques, tout roule avec le soleil.

Nous voilà donc partis pour rejoindre le camp haut au bord du glacier. Je me rappelle bien de cette montée, environ 750m de dénivelé hors sentier, sur des pentes raides ou moins raides, mais alors parsemées de blocs rocheux….un calvaire pour moi. Je me suis allégée au maximum, mais Ignacio finit par me prendre aussi mon eau et mon appareil photo afin d’accélérer le pas. Ils ne sont pas sûrs que leur plan soit le meilleur. Nous savons que nous avons une fenêtre météo de 2 jours. Il nous faut donc faire nos deux pics en 2 jours. N’ayant pas pu monter la veille au camp haut, nous devons faire un des deux pics aujourd’hui sans faute. Mais peut être cela est présomptueux et qu’il aurait mieux fallu monter au camp haut coûte que coûte la veille. Je les sens un peu stressés. Nous arrivons au camp d’altitude vers 5h00. Il fait un froid glacial. C´est un calvaire pour s’équiper, mettre le harnais, les chaussures, les crampons…..tout le monde est congelé et il faut partir vite sur le glacier afin de se mettre en mouvement.

Finalement, le jour commence à se lever à l’approche de la paroi, notre objectif du jour, la Gorra de Hielo. Tout va bien désormais.

Ignacio et Pacifico décident de prendre la « directe » par un couloir jusqu’au sommet, tandis qu’avec Sergio, nous allons monter par l’arête sur la droite. Cela semble assez tranquille. Je me sens alors très sereine pour atteindre le sommet.

Nous sommes alors à presque 5400m d’altitude et il doit nous rester 200 ou 300 mètres à tout casser. Le soleil est là et le plus dur est  fait. Cependant, il nous reste encore des difficultés que je n’avais pas mentalisées. Je fais tranquillement la causette à Sergio quand, une fois sur l’arête, l’ambiance change radicalement. Sergio est  plus concentré. Finalement, nous nous retrouvons sur une arête fragile, à la neige instable et aux rochers nombreux. Il faut être prudent. Il n’y a pas beaucoup d’espace sur cette crête et la neige est  fragile. Un premier passage en rochers nous met en alerte. Sergio étudie longuement l’endroit afin de voir la meilleure solution pour l’aborder. Ce n’est pas gagné, semble t-il. Il nettoie la zone de cailloux prêts à chuter sur nous et m’indique les gestes à faire pour passer. Je dois faire un grand écart pour positionner mes pieds au dessus du vide, m’accrocher aux rochers et au piolet qu’il m’a laissé, et me hisser jusqu’à lui. Voilà un peu d’adrénaline que je n’ai pas prévu. Vient  ensuite un deuxième passage entre deux blocs géants. Je me hisse  tant bien que mal, voyant que, ensuite, les pentes sont en neige, dépourvues de rochers et que  donc tout allait être plus facile.  Grosse erreur de ma part, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Certes, la pente est  raide, mais en neige….mais, il reste un petit passage fatal en glace vive, un peu en dévers, juste avant de toucher le sommet. Pour couronner le tout, ce petit passage insignifiant pour moi, est  à l’ombre. Je ne me méfie pas et n’évalue pas les difficultés à venir. J’attends donc que Sergio passe ce petit mur de glace. Je ne mesure pas à quel point mes gants sont  humides et mon corps se refroidit  à l’ombre. Sergio semble avoir du mal à monter. Il ne fait pas confiance à ce bloc de glace. Tout peut venir d’un coup. Je dois réagir, doser la difficulté, changer de gants avant de monter. Bref, je l’ai pris à la légère. Une fois Sergio plus haut, c´est donc  à mon tour. J’ai alors froid, mes doigts sont humides et gelés. C’est alors que je me rends compte que la corde est coincée, que je ne maîtrise plus mes doigts et qu’ils commencent à me faire très mal. Trop tard ! S’ensuit  une bonne demi heure de cauchemar, je n’arrive  pas à débloquer la corde, Sergio doit redescendre, puis, je ne peux plus utiliser mes doigts et je souffre terriblement, ce passage en effet n´est pas simple, je n’arrive pas à planter mes piolets dans la glace……je finis par craquer, je pleure de rage et de douleur, je dis à Sergio que je ne vais pas monter…c’était trop bête à 50m du sommet ! Il faut que je monte coûte que coûte, même si mes mains me font mal, même si je n’arrive pas à planter le piolet, il faut que je me hisse jusqu’au soleil. Je passe un peu à la « rage », tout en pleurant et en hurlant. Sergio me fait rire au sommet en me racontant qu’il a l’impression de monter avec une Argentine….paraît-il qu’elles sont hystérique en situation un peu extrême. Une fois passée, Sergio me met les mains au soleil afin qu’elles se réchauffent petit à petit….et voilà, il ne nous reste plus qu’à parcourir les 50 derniers mètres qui nous séparent de Ignacio et Pacifico. Ils n’ont rien entendu de ma crise d’hystérie…je préfère !

Nous passons bien une heure à nous dorer la pilule au sommet, à nous restaurer, prendre des photos. Le panorama est  vraiment splendide, ce cirque gigantesque aux pics de roc et de glace. On voit jusqu’à l’Illimani, le Mururata et de l’autre côté toute la chaîne de l’Apolobamba où nous étions un an plus tôt. Ouahhh ! Pourquoi personne ne vient jusqu’ici, c’est vraiment trop beau.  Le Pic nord en face de nous parait monstrueux, mais c’est une autre histoire.

Il ne nous reste plus qu’à descendre par les pentes enneigées. Je m’en réjouis après mes aventures sur l’arête ! Cela se fait sans problème. Nous pouvons repérer la voie par laquelle nous allons monter le lendemain pour rejoindre le pied du Pic Nord. Nous descendons une paroi verticale de 100m environ qui se termine par une belle crevasse, la rimaye, que je passe de manière un peu chaotique. Sergio repére un petit pont de glace qui nous permettrait de la passer le lendemain, mais à pas de chat. Il nous faut à peine effleurer le sol pour ne pas qu’il s’écroule. Il va falloir se faire léger, mais demain est un autre jour. Nous arrivons au camp juste à temps pour faire sécher les affaires et récupérer un peu. Nous ne savons pas ce qui va nous attendre le lendemain, mais décidons de nous lever assez tôt pour avoir un peu de marge de manœuvre, soit à 2h00 du matin. J’aurais bien voulu dormir un peu plus, mais je suis l’intuition des guides !

Après une nuit à peu près réparatrice (bouillotte au fond du duvet même si le sommeil est léger !), le réveil sonne à 2h00. C’est reparti pour de nouvelles aventures. Le début, on le connait déjà, traverser le dédale de séracs et vasques pour rejoindre le pied du pic. Nous avons laissé une partie de l’équipement sur le glacier afin de nous alléger. Donc, un début assez tranquille. Au pied de la Gorra de Hielo, nous bifurquons sur la gauche en direction du Pic Nord. La pente s’accentua un peu histoire de ne pas s’endormir et la neige était plus épaisse. Finalement, heureusement que nous avions fait la trace la veille à la descente. Nous voilà donc au bord de la rimaye et de son fameux pont de neige. La veille au soir, je disais aux chicos qu’il me stressait ce pont. Pas de problème, me dit Sergio. Tu dois passer en effleurant à peine le sol, comme un chat ! Plus facile à dire qu’à faire…….Ignacio est déjà au dessus. Je regarde donc avec attention comment fait Sergio. Au début, il patauge un peu dans la poudreuse à l’approche du pont puis passe, léger (pas trop dur il fait 1m50 et 45kgs) sans problème de l’autre côté. Je me lance donc, patauge aussi dans la poudreuse, puis me décide à poser un pied puis un deuxième sur le pont. Je m’accroche à la corde pour passer rapidement de l’autre côté quand je sens que tout se dérobe sous mes pieds. Le pont vient de céder et avant d’avoir le temps de réagir je me retrouve suspendue à la corde au dessus de la crevasse. Une première pour moi. Je ne l’ai pas prévu celle-là. La veille, Ignacio et Pacifico avaient raté ma crise de panique, et bien, aujourd’hui, je leur en offre une belle. Dans le noir, perchée au dessus du vide, je ne peux contrôler mon stress. Je me met à hurler que j’ai peur et qu’ils me sortent d’ici nom d’un chien. Cette sensation d’osciller au dessus du vide me tétanise, je ne suis plus raisonnée. Pacifico s’approche alors de la crevasse pour me calmer et me sortir de mon comportement hystérique. Il n’y a pas de souci, je suis assurée. Sergio et Ignacio vont me sortir, mais il faut que je me calme et que je les aide. Ok ok. Je me ressaisis alors. C’est la première fois que cela m’arrive, mais ce sont des moments qui arrivent à tout montagnard. Je dois donc mettre en application les gestes que j’ai vus tellement de fois faire par des grimpeurs. Je saisis mes deux piolets fermement et tente de me rapprocher de la paroi. Puis je me hisse petit à petit en même temps que les deux gars tirent sur la corde. Mètre par mètre, je reprends de la hauteur et parviens au bord de la crevasse. Ouahh !! Que d’émotion en cette nuit du 1er juillet. Me voilà enfin à leur côté et  l’ascension peut alors commencer. Nous avalons cette pente verticale de 100m rapidement. C’est de la gnognotte après ce que je viens de faire ! Nous arrivons avec le soleil sur le plateau glaciaire au pied du Pic Nord. Une petite pause récupératrice est  la bienvenue. Là de belles pentes raides nous attendent, mais aussi une arête rocheuse et nous ne savons pas trop ce qu’elle nous réserve. Nous montons dans la bonne humeur et avec la chaleur du soleil levant jusqu’au pied des rochers. Je demande à Ignacio si il pense qu’il y a un passage….oui, me dit-il, mais pas sûr que cela soit facile. Finalement, le premier passage se fait dans une goulotte de glace et de rochers assez tranquillement. Une fois hissée en haut de cette goulotte, je rejoins avec Sergio, Pacifico qui attend  sagement tout en assurant Ignacio. Cela fait un bout de temps qu’Ignacio est  parti plus haut. Cela ne me dit rien qui vaille. En effet, cela semble bien délicat plus haut. L’arête se poursuit très effilée, par des plaques verticales de rochers, un à pic de 1000m de chaque côté. Il a tenté au préalable par la droite, impossible. Il est donc parti sur la gauche pour préparer le terrain. Sergio tate à son tour le terrain. Il est un peu nerveux. Puis il me dit de passer en guidant chacun de mes pas. Je dois  me coller à la paroi, en m’assurant avec les mains à des fissures dans le rocher. Les prises de pieds sont plus aléatoires. Il y a un peu de neige collée à la paroi, mais il n’est  pas sûr que cela tienne. « Enfonce bien tes pieds au plus profond contre la roche » me dit-il, « pose les genoux sur le rebord rocheux, puis les pieds et accroche toi à la fissure »,……Petit à petite je parviens de l’autre côté de ce passage et nous rejoignons les pentes enneigées. Même si la neige est mauvaise, cela me va tout de même mieux. Je pense être sortie des difficultés, mais non, un dernier passage en rocher me fait battre le cœur de nouveau. Il faut longer une plaque de roche, les pointes de crampons dans une fissure et les mains sur la paroi comme on peut, le tout se finissant avec un grand écart pour rejoindre la glace. On y est. On touche l’arête sommitale enneigée. Il ne reste plus qu’à monter jusqu’au plateau formé par le sommet. J’ai  les larmes aux yeux en foulant ce grand plateau, j’ai eu ma dose d’émotions durant ces 10 heures d’ascension. Nous n’avons plus qu’à marcher tranquillement jusqu’au véritable sommet un peu plus à gauche. La vue est à la hauteur des émotions, grandiose ! Tout le cirque se dévoile à nous, comme la veille, mais avec plus de hauteur, le Pic Sud de l’Illampu, le Yacuma, l’Ancohuma, et au fond le Chearoco, l’Illimani,…..c’est dingue ! Ma joie est  tout de même un peu entachée par le vent glacial et surtout la perspective de redescendre par le même chemin. J’en ai la boule au ventre. Je ne sais pas si j’en suis capable. J’ai tâté un peu le terrain avec Sergio, mais il a commencé à me mettre devant l’évidence, il n’y a pas d’autre chemin possible.

Il est donc temps de redescendre. L’après-midi va filer rapidement. Je suis donc les gars, résignée à reprendre le même chemin. Pour le premier passage délicat, Sergio me laisse un piolet dans la glace. Je dois faire un grand écart pour poser mon pied gauche sur la roche, m’accrocher au piolet de la main droite et me lancer sur la dalle rocheuse. Au moment de faire le saut, le piolet tourne sur lui même et ma main ripe sur la glace. Je perds  l’équilibre et sens une douleur à ma main. Sans m’en rendre compte, Ignacio m’a attrapée par le bras avant que je ne bascule dans le vide. Ouf, plus de peur que de mal. Ma main était en sang, mais ce n’est juste que la peau arrachée. Nous rejoignons Sergio de l’autre côté de la plaque rocheuse. Bon, il nous faut mettre en place un plan d’attaque pour cette descente. Sergio stresse car il veut accélérer le mouvement. On ne doit pas se faire prendre par la nuit. Moi, je stresse car j’ai peur de ne pas pouvoir passer ces passages exposés. Bref, le compromis est, OK, on descend vite, mais moi j’ai besoin d’être en confiance, donc Sergio, tu m’assures et Ignacio reste à mes côtés. Ainsi, je me sentirais plus en sécurité et je serais capable de passer n’importe quel passage. Et cela fonctionne. On descend tranquillement jusqu’au plateau glaciaire avant que le soleil ne décline. Même le passage de la crevasse est une formalité. Je saute sans problème la rimaye. Les crevasses c’est ma spécialité !

Nous terminons la descente avec le soleil couchant. La tension est retombée et je me sens vidée. C’est avec beaucoup de peine que je rejoins le campement. J’ai  tout le mal du monde à rejoindre ma tente qui est à 2 mètres de moi, me glisser dans mon duvet et ne plus bouger jusqu’au lendemain.

Réveil un peu douloureux pour ce matin du 2 juillet. Pas de réveil pourtant, la lumière du jour me réveille doucement, mais mon corps entier me fait mal, en commençant par les jambes. Je n’ai pas encore regardé l’état des mes tibias, mais je dois avoir des bleus. Ma jambe droite a frappé la paroi de glace lors de ma chute dans la crevasse. L’autre jambe a tapé aussi la glace, mais dans la descente depuis le sommet. Mes épaules et le dos sont aussi douloureux, sans parler de ma main droite. Je n’ai pas non plus regardé l’état des mes doigts sous les pansements posés à la va vite.

Je dois donc me lever. J’ai l’impression de peser trois tonnes et d’être dépourvue d’énergie. J’ai du mal à marcher et je n’ai pas beaucoup d’équilibre. Cela fait une impression étrange. Aujourd’hui, il est clair que je n ‘ai pas pu réaliser une autre ascension ! Finalement, les gars non plus, n’ont  pas remis ça. Tout le monde émergent doucement sous les rayons du soleil. Cette matinée sera donc consacrée à la récupération dans un cadre de rêve, sous les Pics vertigineux. Nous mangeons  pas mal, faisons sécher les affaires, buvons beaucoup d’eau et finîmes par plier petit à petit les sacs à dos.  Finalement, après un dernier excellent déjeuner préparé par Eulogio, nous chargeons les charges sur notre dos et redescendons  au camp de base. Nos petits porteurs de Cocooyo doivent nous rejoindre le 3 juillet au matin au camp d’altitude. Ils ont prévu de dormir au camp de base ce soir pour limiter le trajet, mais nous ne sommes pas bien sûrs qu’ils vont le faire. Au moins, on serait déjà descendu un peu ! Je retrouve avec joie ma petite tente North Face au milieu de la prairie. De nouveau je vais me reposer dans mon duvet. Au milieu d’un demi-sommeil en fin d’après-midi j’entends des voies joyeuses de gamins. Mario est  monté avec toute la clique jusqu’au camp de base. Ils ont emmené le fusil et en profitent  pour chasser deux pauvres viscachas. Je me lève à l’heure de l’apéro pour déguster un bon vin que nous avons ramené. Demain, c’est la descente au village et le retour à la civilisation.

 


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Montagne

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