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"CHOLITAS : LA REVANCHE D'UNE GÉNÉRATION",

 

interview avec Delphine Blast. 

Originaire de Bretagne et photographe professionnelle depuis six ans, Delphine Blast expose aujourd’hui entre Paris, la Paz et Amsterdam !  Dans cette interview, elle nous parle de son parcours, de sa relation avec la Bolivie et de son projet : « Cholitas : la revanche d’une génération » dont le vernissage aura lieu le 7 novembre 2017 à Paris à The Chata Gallery . Delphine vient aussi de sortir le livre « Cholitas » paru aux Editions Bessard.

Pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de découvrir la Bolivie, il faut savoir que le terme « cholitas » désigne les femmes métisses d’origines aymaras. Leur style vestimentaire change d’une région à l’autre. A la Paz,  on les reconnaît facilement avec leur chapeau melon noir recouvrant de longues tresses et vêtues de leur « pollera » colorée aux multiples volants. On les aperçoit aussi très souvent avec un carré d’aguayo sur le dos.

Longtemps stigmatisées et discriminées, il semblerait qu’un nouveau regard se pose sur ces femmes désormais considérées comme véritables parties prenantes et icônes de mode de la société bolivienne.

Delphine, peux-tu nous parler de toi et de ton parcours ?

J’ai été attirée par la Photographie assez jeune mais à l’école on me disait qu’il n’y avait pas beaucoup de débouchés. Personne dans ma famille n’est photographe ou n’est issu d’un milieu artistique. La photo représentait pour moi quelque chose de magique, synonyme d’évasion et de voyage.

J’ai commencé à voyager à partir de mes 17 ans. Ce qui était important pour moi, c’était de rencontrer des gens et des nouvelles cultures. Je cherchais un vrai choc culturel et suis allée en Amérique latine. Mon premier voyage, c’était il y a 10 ans en Bolivie et j’ai eu un gros coup de cœur pour ce pays. Je suis partie avec un appareil photo (ndlr appareil photo offert par mes parents pour mon bac). J’ai commencé à faire des images et j’ai été époustouflée par toutes ces couleurs et odeurs. Je trouvais les femmes cholitas inspirantes. Elles m’impressionnaient avec tout leur barda sur le dos ! J’y suis restée cinq mois et travaillais pour une ONG. A cette époque, je finissais mes études en Relations Internationales.

« Au-delà du paysage » jusqu’au déclic !

Après ce stage, j’ai travaillé à l’Alliance française de Saint-Domingue en République Dominicaine en tant qu’attachée culturelle pendant trois ans. En même temps, je travaillais pour RFI et continuais à faire de la photo. J’étais en train de réaliser un projet de livre sur la République Dominicaine. Il n’y avait pas réellement de beaux livres sur le pays et on avait une image de la République Dominicaine un peu trop assimilée à Punta Cana, aux plages et cocotiers alors qu’il y avait bien plus. J’avais travaillé sur un livre intitulé : « Au-delà du paysage ». Il n’est pas sorti pour des raisons financières mais l’objectif était d’aller au-delà des clichés. J’avais rencontré des gens géniaux du pêcheur dans le village de Rio San Juan au nord de l’île jusqu’aux personnes travaillant dans les mines de larimar (pierre précieuse).

Quand j’étais en République Dominicaine, j’allais avoir 30 ans et commençais un peu à m’ennuyer dans la Diplomatie. Je me suis dit que j’allais rentrer en France pour faire une formation de Photojournalisme.

Je souhaitais essayer et ne surtout pas avoir de regrets. J’ai plaqué un job de rêves sous les cocotiers pour rentrer chez mes parents en Bretagne ! J’ai ensuite suivi une formation d’un an à Paris. Cela fait désormais six ans que je suis Photographe.

Et pourquoi un retour en Bolivie ?

Au bout de trois ans à Paris, je savais que Paris était transitoire et qu’il fallait que je retourne à l’étranger. J’ai toujours souhaité vivre à l’étranger et suis allée dans un premier temps en Colombie. J’ai rapidement senti que ce n’était pas le pays où je souhaitais m’installer. J’ai finalement choisi la Bolivie. Ca avait été un gros coup de cœur et il y a très peu de photojournalistes présents. C’est un pays qui m’a toujours plu et ça a été ma première histoire d’amour avec l’Amérique latine. J’y suis retournée en 2016 avec pour objectif de réaliser ce travail sur les cholitas en écho avec l’image que j’avais eu de ces femmes il y a dix ans. Je me suis intéressée à leur Histoire.

J’ai compris qu’elles avaient été victimes de discrimination mais qu’aujourd’hui elles étaient présentes en politique, qu’elles avaient des hauts postes et qu’il y avait aussi des écoles de mannequinat.

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Comment s’est déroulé le projet sur les Cholitas et séances photos ?

Je suis allée à la Paz et savais que je souhaitais faire des photos en studio. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont énormément aidé dans mon projet comme le Directeur du Musée San Francisco, José L. Ríos, qui m’a prêté gentiment une salle du musée. L’emplacement du musée en plein centre de la Paz était extrêmement pratique. J’ai eu énormément de chance. Je suis allée à des fêtes au Preste afin de trouver les cholitas et leur expliquer mon projet. Toutes n’ont pas accepté. Une annonce avait aussi été faite sur Facebook par le Directeur du musée. Celles qui acceptaient venaient au musée. Mon projet s’est affiné au fur et à mesure pour me concentrer sur la jeune génération de cholitas paceñas (originaires de la Paz). 

Elles se sont prêtées au jeu et étaient assez curieuses, très gentilles et disponibles. Certaines étaient issues d’écoles de mannequinat. Mon objectif était de montrer des profils assez variés et je me suis concentrée sur la jeune génération. Il y avait des cholitas de tous les milieux, universitaires, dentistes, femmes d’entreprises et commerçantes.

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Comment s’articule le projet ?

Le projet s’appelle « Cholitas : la revanche d’une génération » et s’articule en trois aspects. Il y a d’abord l’aspect historique avec un travail de recherches et d’investigation (photographes boliviens Julio Cordero et Damián Ayma Zepita), le projet des portraits en studio qui a duré entre deux et trois semaines et une troisième partie de reportages. J’ai suivi certaines personnes dans leur vie quotidienne, des cholitas présentatrices de télévision, et d’autres qui ont ouvert leur école de mannequinat.

J’ai fait des photos jusqu’à fin Juillet et suis en train de préparer l’exposition du 7 novembre à Paris à The Chata Gallery qui comprendra ces trois parties. Je n’ai pas encore montré la partie reportage de vie quotidienne. Et le livre ne comprend que cette série de portraits réalisés en studio.

Peux-tu nous donner quelques noms de photographes qui t’inspirent ?

J’adore le travail du photographe américain Saul Leiter et de Levitas qui avait fait un travail sur les geishas. Je suis aussi très inspirée par la Photographie africaine avec les images d’Omar Victor Diop et de Malick Sidibé.

Les dates et lieux d’exposition à retenir !

La première exposition a eu lieu à la Paz fin mars 2017 avec l’Ambassade de France et l’Union européenne au Musée San Francisco. Elle sera à Bordeaux en janvier 2018 dans le cadre d’une exposition collective puis de nouveau exposée en Bolivie à l’Alliance française de Santa Cruz de la Sierra au mois d’avril 2018.

Delphine expose actuellement à Amsterdam et sera aussi présente en signature à l’occasion de Paris Photo qui se tiendra du 09 au 12 novembre 2017 au Grand Palais.

A Paris, « Cholitas, la revanche d’une génération » sera présente du 7 au 20 novembre à The Chata Gallery au 14 rue du Château d’Eau.

Un grand merci à Delphine Blast !

Crédit photo : Delphine Blast

www.delphineblast.com

Facebook : Delphine Blast – Photographe

Instagram : Delphine Blast

Livre : Cholitas aux éditions Bessard

Propos recueillis par Marie-Florine D. 


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