La communauté de Tuni est située dans la Cordillère Royale au pied du massif du Condoriri. C’est un joli petit village, à seulement 3 heures de route de La Paz ou bien encore de Copacabana.  Avant l’arrivée du tourisme, ses habitants vivaient essentiellement d’agriculture et de la mine. Le village abrite 80 personnes réunis en 15 familles.

Au début des années 70, des touristes passionnés de montagne et curieux commencèrent à s’intéresser aux sommets de ce beau massif, constitué entre autre de la Tête du Condor et du Pequeño Alpamayo.  C’est alors que les premières agences de tourisme locales sollicitèrent les habitants du village pour le portage.  Petit à petit, les porteurs devinrent cuisiniers ou bien même guides. C´est ainsi que Calixto commença à  travailler dans le monde touristique. Au milieu des années 80, son fils Andrés âgé seulement d´une quinzaine d´années décide de suivre lui aussi les traces de son père. A cette époque, les habitants du village ne se rendaient quasiment jamais en ville. Tous les matins, ils communiquaient alors par radio en langue aymara afin de savoir si des clients devaient venir le jour même et ainsi organiser la logistique en conséquence.

Dans les années 2000, l’expansion de l´activité touristique permit à la communauté d´avoir un complément économique, non négligeable, au travail agricole qu’ils effectuaient en basse saison. Les trois frères de la famille Quispe, Andrés, Jaime et Gonzalo,  décidèrent d’investir alors dans un véhicule 4×4 et ainsi étoffer leur offre. Ils purent se rendre plus facilement à La Paz et proposer donc de prendre en charge les clients depuis la capitale.

Tuni est un passage incontournable pour se rendre au pied des sommets tant convoités. Il était intéressant de pouvoir y offrir un lit confortable et une table appétissante au retour ou bien au départ des ascensions. C´est pourquoi, l´idée de construire un refuge avec un service de restauration coula de source. Les clients eux-mêmes étaient demandeurs.

La construction du refuge pu se concrétiser avec l´aide d´un tour opérateur français  via son prestataire local qui prêta sans intérêt la somme de 5000 $us.

Tout le village se motiva et décida alors de construire eux même début 2008 le bâtiment, avec les briques d’adobe qu’ils avaient préparées depuis des mois. Ils utilisèrent les fondations d’un ancien baraquement que la société Aguas d’Illimani avait construit durant les travaux de construction du barrage près de la Laguna de Tuni. Ils le firent à leur idée, tous ensembles, deux mois durant. Le financement obtenu permit de payer uniquement le gros œuvre. Les meubles et fournitures furent financés par quelques familles du village. Les familles impliquées dans ce projet remboursent leur prêt auprès du prêteur après chaque passage des touristes.

Cette même année, un client se rendit alors dans le logement communautaire récemment construit. Il s’agit d’Alain Malatrait, un ingénieur hydraulique et membre de l’association Hydraulique Sans Frontières. Il fut touché par la gentillesse et l’accueil des habitants du village. A ce moment là, il n´y n’avait pas d’eau courante. En effet, la communauté essayait de faire acheminer l’eau à l’aide d’un captage artisanal depuis une source située à quelques kilomètres du village. Alain Malatrait voyant les difficultés rencontrées par la population dans ce chantier de captage d’eau décida alors de les aider. De retour en France, il monta un dossier de financement. La priorité était de mettre en place un dispositif pérenne en eau potable (ouvrage de captage de la source, pose d’un tuyau en tranchée sur 1.1km, construction d’un réservoir de 30m3, alimentation de 2 bornes fontaine). Il était aussi prévu en marge de ce projet une alimentation en électricité.  Le budget total pour cette première phase était estimé à 10 000 $us.

La communauté pensait alors que le projet avait été abandonné quand Alain Malatrait revint en 2012 avec un Ingénieur pour les aider. Ce dernier resta donc deux mois  et demi pour réaliser la mise en place du captage. Les travaux furent terminer et le système de captage fût inauguré le 16 juin de cette même année. Ils réussirent à financer dans le même temps la mise en place d’un système électrique hydraulique. La communauté avait réuni de leur côté 1200$us et Alain Malatrait le reste pour arriver finalement à un budget total de 11 600 $us. Les habitants de Tuni avaient alors obtenu une donation de la part de la société Epsas (des tuyaux pour réaliser la captation d’eau). En récupérant le budget qui devait être affecté à cet achat, ils menèrent le projet d’installation de l’électricité de bout en bout. Ils sollicitèrent un Ingénieur de la centrale hydraulique de Zongo pour installer un générateur qui leur permit depuis juin d’avoir de l’électricité dans tout le village. Un événement sans précédent pour ce petit village.

Aujourd’hui, tout le village peut vivre de l’activité touristique, en combinant en saison basse l’activité agricole. Chaque intervenant est payé après la venue des touristes : guides, cuisinières, musiciens, intervenants lors des activités, …ce qui bénéficie aux familles de l´ensemble de la communauté. Les gains engendrés par les nuitées dans l’Ecolodge sont redistribués aux familles ayant investies dans l’aménagement du lodge….

Cette activité est supervisée par un administrateur qui est renouvelé via un vote de communauté tous les ans. Les gains sont répertoriés tous les ans par famille afin de vérifier la cohérence et l’équité de son fonctionnement.

Parallèlement à ce projet communautaire, un autre refuge a été construit grâce à un financement de l’association gouvernementale EMAPAR. Celle -ci a apporté un financement à hauteur  de 23 000 $us. 14 familles ont quant à elles apporté 6000 $us. Un autre logement communautaire a été construit dans le village. Cette fois-ci, EMAPAR a réalisé la construction entièrement à l’aide d’un constructeur et sans l’aide des habitants. Cette aide entre dans un projet global du gouvernement pour développer le tourisme communautaire. Cela permet au village d’accueillir plus de touristes et donc de faire travailler plus d’intervenants lors de leur venue. De la même manière qu’avec le premier refuge, les gains des nuitées sont reversés aux familles ayant investi.

Les projets futurs de la communauté de Tuni :

  • Installation du réseau téléphonique
  • Permanence médicale dans le village
  • Traitement des eaux usées