Inscrivez vous à notre newsletter !

Le Parc Madidi, une importance écologique mondiale

29 décembre 2025

Amazonie

 

Crée en 1995, le Parc national Madidi, situé au nord-ouest de la Bolivie dans le département de La Paz, s’étend des hautes Andes (Cordillère Apolobomba avec plus de 6 000 m d’altitude) jusqu’aux forêts tropicales amazoniennes (environ 200 m d’altitude) ce qui représente environ 19 000 km2, soit presque la taille de la Suisse !

Biodiversité exceptionnelle et importance écologique mondiale

Le Parc Madidi est considéré comme l’aire naturelle protégée la plus biodiversifiée du monde, en termes de flore, de faune et de diversité d’écosystèmes, allant des neiges éternelles andines à la forêt amazonienne. Son relief va de 200 à 6 000 mètres d’altitude, ce qui crée une incroyable diversité d’écosystèmes : forêts tropicales, montagnes, vallées andines, plaines amazoniennes… On y trouve jusqu’à 6000 espèces de plantes supérieures1 telles que le queñua, le noyer bolivien, le pin de montagne… Le parc abrite également environ 2 000 espèces de vertébrés, soit 66 % de la faune vertébrée de Bolivie et 3,7 % de celle du monde :

Mammifères (270 espèces) : ours à lunettes, chat andin, puma, jaguar, cerf andin, loutre géante, capybara, nombreux singes (dont Callicebus aureipalatii, espèce endémique).

Oiseaux (1 250 espèces) : aras, toucans, harpies féroces, condors amazoniens, etc. Le parc concentre 83 % des espèces d’oiseaux de Bolivie, un record mondial.

Amphibiens (213 espèces) : 85 % des espèces nationales, avec plus de 30 endémiques.

Reptiles (204 espèces) : 70 % de la faune reptilienne du pays, dont anacondas, boas, tortues et caïmans.

Poissons (496 espèces) : 51 % des poissons boliviens.

Insectes : plus de 120 000 espèces, ce qui place Madidi au premier rang mondial pour la diversité entomologique.

Ainsi, le Parc Madidi, joyaux de la biodiversité, relève de son importance en abritant une incroyable variétés d’espèces animales et végétales dont beaucoup sont endémiques ! et en jouant un rôle essentiel dans la régulation du climat et l’équilibre environnemental de la planète.

Mais également, il se situe au cœur du bassin amazonien bolivien, une région essentielle pour la production et la régulation de l’eau. Alors quel lien faire entre la préservation des ressources en eau de l’Amazonie bolivienne et le parc Madidi ? Ses forêts denses, ses rivières et ses zones humides jouent un rôle clé dans le cycle hydrologique : elles captent les précipitations, filtrent l’eau, alimentent les nappes phréatiques et régulent le débit des fleuves amazoniens. En préservant les écosystèmes du Madidi, on protège donc la qualité et la quantité des ressources en eau non seulement pour les communautés locales, mais aussi pour l’ensemble du système amazonien, vital au climat de la planète.

 

Peuples autochtones et culture

Cette aire géographique n’est pas seulement un sanctuaire de biodiversité, mais aussi le territoire ancestral de plusieurs peuples autochtones. Il y a 31 communautés de familles d’origine tacana, leco, quechua et aymara. À l’intérieur du parc se trouve une population de 3 714 habitants. Le territoire du parc de Madidi chevauche partiellement ou totalement quatre Terres Communautaires d’Origine (TCO) : entièrement celle de San José de Uchupiamonas, et partiellement celles des Tacana I, Lecos d’Apolo et Lecos de Larecaja. Une TCO est un territoire ancestral et légalement protégé, où les communautés indigènes peuvent préserver leur mode de vie traditionnel tout en gérant durablement la nature.2

Ces peuples autochtones vivent en harmonie avec la nature depuis des siècles, mêlant coexistence entre nature et culture. Ces communautés vivent principalement de l’agriculture, de la pêche, de la chasse raisonnée et de l’artisanat. Elles jouent un rôle essentiel dans la préservation du parc, car leurs savoirs traditionnels permettent une gestion durable des ressources naturelles. Certaines participent activement à des projets d’écotourisme communautaire, qui allient protection de l’environnement et revenus équitables pour la population locale. Leur vision du monde, souvent inspirée du concept andin de “vivir bien” (bien vivre), met l’accent sur l’équilibre entre l’humain, la nature et le spirituel.

Ainsi, le parc Madidi n’est pas seulement une merveille écologique, c’est aussi un territoire vivant, où nature et peuples autochtones coexistent depuis des générations.
Les habitants y sont les gardiens d’un patrimoine naturel et culturel inestimable, symbole de la richesse de la Bolivie.

Menaces actuelles et conflits environnementaux

Malgré sa réputation de joyau écologique, le parc Madidi fait face à plusieurs défis qui remettent en question l’équilibre entre conservation et développement. Des pressions économiques liées :

A l’exploitation minière, avec l’extraction de minerais, métaux ou pierres précieuses, tels que l’or, le lithium, le zinc, etc. Cette activité pollue les rivières par le mercure utilisé pour l’orpaillage, dégrade les sols et les forêts, et empiète sur les territoires autochtones sans leur consentement. Les bénéfices profitent souvent à des entreprises extérieures, tandis que les communautés locales subissent les dommages environnementaux.

A la déforestation, avec la coupe massive d’arbres pour vendre le bois ou dégager de l’espace pour l’agriculture intensive (soja, élevage) ou la construction de routes et infrastructures. La déforestation provoque la perte d’habitats naturels pour la faune, la diminution de la biodiversité, et la perturbation du climat local. Elle touche directement les peuples indigènes, qui dépendent de la forêt pour se nourrir, se soigner et vivre.

Aux projets hydroélectriques, avec les barrages construits sur les rivières pour produire de l’électricité. S’ils ne sont pas planifiés avec soin, ils peuvent : inonder des villages ou des zones forestières, modifier les cours d’eau et la faune aquatique, forcer les communautés à se déplacer. Plusieurs projets ont été envisagés près de Madidi (comme le barrage de Bala), suscitant de fortes oppositions locales. Ces activités humaines motivées par le profit économique menacent certains de ses écosystèmes les plus fragiles et les communautés locales.

A noter également :  en 2023-2024 la Bolivie a vécu des feux de forêts de grande ampleur avec environ 10 millions d’hectares brûlés selon certains organismes, notamment les départements de Santa Cruz et Beni (est de la Bolivie, Amazonie/forêts tropicales).

Les communautés du parc Madidi se battent donc pour protéger leur environnement et leurs droits tout en cherchant des formes de développement durable, comme l’écotourisme communautaire. Par ailleurs, la coexistence entre les politiques de protection de la nature et les droits des populations autochtones suscite parfois des tensions, notamment lorsque leurs activités traditionnelles sont restreintes. Enfin, le manque de moyens financiers et humains limite la capacité de surveillance et de gestion du parc.

Pour conclure, véritable symbole de la biodiversité planétaire, le parc Madidi est le miroir des paradoxes d’un pays dont les populations sont en quête d’équilibre entre progrès et préservation. Ce pays aux ressources naturelles immenses dot composer avec des enjeux environnementaux, économiques et culturels étroitement liés.

Pour aller plus loin

Nous pouvons tenter d’appliquer les analyses de Descola aux enjeux de Madidi. En effet, Philippe Descola est un anthropologue français, professeur au Collège de France, spécialiste des sociétés amazoniennes. Ses travaux remettent en cause la séparation occidentale entre nature et culture en proposant une pluralité de rapports au monde, ou ontologies.

Dans son ouvrage La Nature domestique. Symbolisme et praxis dans l’écologie des Achuar (Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1986) il décrit comment, chez les peuples achuar de l’Amazonie équatorienne : « nature et culture ne sont pas séparées », les non-humains (plantes, animaux) sont inscrits dans des réseaux de relations sociales, d’affinités, d’agency. Il affirme que la conception occidentale d’une nature séparée de la culture est un mode ontologique particulier, et non une universalité.

Le parc Madidi, de son côté, est un territoire de grande biodiversité où co-existent de nombreuses communautés autochtones, différents écosystèmes, des enjeux de conservation, de gestion des ressources, de droits des peuples. Les analyses de Philippe Descola permettent de repenser les enjeux du parc Madidi en dépassant la séparation occidentale entre nature et culture. Ses travaux invitent à considérer les forêts, rivières, plantes et animaux non comme de simples ressources, mais comme des acteurs liés aux humains dans un même réseau de relations. Dans ce cadre, la conservation ne consiste plus seulement à protéger la nature, mais à reconnaître les cosmovisions autochtones et leurs savoirs écologiques. Intégrer ces perspectives permettrait une gestion du parc plus respectueuse des relations sociales, spirituelles et écologiques qui unissent les habitants et leur environnement.

Contact

N’hésitez pas à nous contacter pour toutes demandes de renseignements et pour tous ceux qui s’intéressent au monde tropical de l’Amazonie et ses richesses. 😊

 Photo de couverture : M. Paillard

1Quand on parle de plantes supérieures, on ne veut pas simplement dire “plantes” au sens général, mais un groupe particulier dans la classification du vivant. Le terme plantes supérieures = plantes vasculaires (avec racines, tiges, feuilles et tissus de conduction). Donc, quand le texte dit que le parc Madidi abrite 5 000 à 6 000 espèces de plantes supérieures, cela veut dire : “5 000 à 6 000 espèces de plantes vasculaires (fougères, conifères et plantes à fleurs) sans compter les mousses, les lichens ou les algues.

2Une TCO est un territoire légalement reconnu en Bolivie où une communauté indigène a le droit d’habiter, de gérer et d’utiliser les ressources naturelles selon ses traditions. Le concept a été officialisé dans la Constitution bolivienne de 2009, qui reconnaît les droits des peuples autochtones à leurs territoires ancestraux. Propriété collective : les terres appartiennent à la communauté, pas à des individus. Une TCO est donc un territoire ancestral et légalement protégé, où les communautés indigènes peuvent préserver leur mode de vie traditionnel tout en gérant durablement la nature.

 

 

Par Angélique Lampe